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N'habite plus à l'adresse indiquée.

Et ben voilà, je déménage-de-blog.

Vous pouvez suivre mes folles et palpitantes aventures ici :

http://plicplic.canalblog.com

 

Ce sera le nouveau blog, il est là, il est encore un peu bazardeux, mais je suis bazardeuse de nature. 

Dedans, il n'y aura plus de spams, plus de commentaires crispants de Christian Louboutin, et je viendrai écrire plus souvent. 

Voilà, et puis c'est l'été.

Joyeux été, so long 20six, et je vous attends ailleurs, joie sur vos têtes. 

21.6.11 23:08


Summer time.

Allez, c'était comme l'été, je suis sortie soudain dehors, et sous les arbres, les enfants se poursuivaient à toute allure.

Je suis sortie et la lumière m'a giflée, et sur la scène, il y avait une jeune fille qui chantait. J'ai regardé sa peau sombre, les clochettes de toutes les couleurs sous ses doigts, et son sourire en arabesque. J'ai écouté sa voix grêle un peu maladroite, c'est comme l'été et je vais bien.

J'ai collé mes doigts de sucre poissé barbe à papa, c'était l'été la nuit, et la fille du Nadara Gypsy Band a relevé sa tunique, a dansé furie sur ses talons carmin, frappent et crient ses mains, elle a chanté soudain, manouche tzigane, j'ai dansé violon moi aussi sur mes talons, j'ai dansé parce que c'était enfin l'été.

J'ai bu du rhum coco vanille mangue-Afrique du rhum-souvenir et j'ai revu tous les visages des étés d'avant, j'étais heureuse et pleine de manques, j'étais perdue passante, c'était la nuit encore et je me suis assise sur le trottoir, Lyon endormie et ses lumières irréelles, je me suis assise et dans les escaliers, quatre musiciens perdus jouaient aussi, chacun sa marche, saxo, contrebasse, c'était invisible et j'étais là assise et eux était là bas assis et je me suis blottie à trois heures du matin dans les notes liquides de la nuit.

Et calme matin, mes épaules se font plus légères, j'ai commandé un verre de vin rosé, ce sera dimanche, dimanche "Django Swing" sur la petite place, l'été enfin.

 


22.5.11 17:08


Pardon.

J'y ai pensé, c'est vrai.

J'y ai pensé, mon presqu'amour, tu ne me croiras pas, et pourtant j'y ai pensé, et parfois j'y pense encore, dans le métro le soir, entre mes quatre murs, entre mes deux portes.

J'y pense quand j'ai froid en novembre, j'y pense quand je n'ai pas assez dormi et que je me prépare un café noir.

Et je te jure, oui, j'y ai pensé. 

J'ai pensé à tes mains, à ton rire, à ta douceur étrange, et à ces mots qu'on ne m'avait jamais dit auparavant. J'ai pensé à chez toi, à presque chez-moi, à la terre, à la pluie tendre de l'éternel été. 

J'ai pensé à la rivière de kilomètres qui nous sépare, et à ta voix à l'autre bout du fil la nuit.

J'ai pensé à tes sœurs qui sont déjà les miennes, et à ta mère qui m'appelle " ma fille chérie". J'ai pensé à celle que je suis là-bas, à la vie même qui m'écorche quand tu m'enlaces. J'ai pensé à toutes ces femmes au ventre rond, et à leur sourire serein, j'ai pensé à tes promesses.

J'ai pensé à combien j'ai été heureuse de jeuner en août, j'ai pensé à la beauté de ta religion aimante, à la terrasse bruyante la nuit, au gout des mangues, à la langue de là-bas qui rocaille et ricoche, à toute cette joie que je n'arrive jamais à retrouver ici.

C'est vrai, mon presqu'amour, mon chagrin, pardon, pardon. 

J'y ai pensé tant, j'ai pensé à ma famille, à mon avenir, à mon histoire, à ma peau. J'ai pensé à celui qui a craché à mes pieds sans me connaitre, j'ai pensé à mes cicatrices, à l'eau que je ne peux pas boire, à mon bête français trop simple, à mon travail, à ma vie là-bas.

Et la peur m'a dévoré le ventre, j'ai retiré ma main.

Mon regret, j'aurais tant voulu être cette autre, j'aurais tant voulu t'aimer.

Mais j'ai eu peur, je suis partie, et je ferme mes yeux, je bois mon café sans sucre. Dans ma tête, je souris aux enfants qu'on n'aura jamais, à leur peau caramel, à leur merveilleux rire, et tu me manques.

 

 

7.5.11 13:41


Au bureau de tabac...

- " Et voilà, ça vous fera 4,70. "

- " Merci, vous prenez la carte ? "

-" Ah, non, pas à moins de quinze euros, ma pauvre dame ! "

 

Voilà, on m'a donc appelée " ma pauvre dame " pour la première fois de ma vie.

Je me demande encore ce que j'en pense. 

5.5.11 15:19


" Je chante un baiser, osé "

Et par hasard sur un siège, métro en attendant, temps en trop pour une fois, j'étais en avance, dix minutes avant la danse.

Balance les jambes dans les couloirs, métro-chaos sur sièges fluos, j'étais juste là, c'est si rare, de regarder juste trainer s'asseoir. 

" Banana Love " est un livre de nouvelles ennuyeux,  je regarde la vie des gens pressés passants, j'ouvre en grand mes yeux. 

Et voilà, vous voilà, couple de hasard, deux passants, vous deux voilà, voilà vos visages, et vos silhouettes un peu maladroites dans le déséquilibre de l'étreinte brouillonne, il te tient par la taille et tu es jolie, jolie voyante aux yeux très maquillés cheveux très très noirs, corbeaux teintés, cheveux d'oiseau, visage de poupée, un peu criarde, très colorée. Il est contre toi, je vois ses épaules, il est gouailleur, bruyant, bras de corde tressés sur tes hanches déliées, et c'est un vrai baiser, baiser qui dit " ne t'en va jamais", cinéma, paillettes et cœur noué au hasard dans l'escalier, il t'embrasse et vous vous embrassez, c'est un baiser de livre les doigts noués, un vrai baiser sans mots et sans pensées, sucre salive paupières fermées.

Et moi, sourire léger, sur toutes mes pages refermées, je pense à l'été, à octobre sans y penser, je pense un instant, c'est avril, je souris aux fantômes de nos baisers. 

 

 

12.4.11 10:27


Laboratoire de biologie médicale.

Les mots m'ont manqué tellement pour dire tout ça.

C'était soudain, silence, gribouillis muets dans ma tête embuée.

J'ai eu si peur, j'ai continué, les jours passants comme grains de sable, grains de sel dans mon cœur sablier, pas ça, pas ça, s'il vous plait.

J'ai eu si peur sans pouvoir parler, j'ai tordu mes doigts barbelés, sans rien d'autre que pensées, pensées, pensées.

 J'ai eu si peur, le dire j'ai essayé, ouvert ma bouche, ouvert, fermé, ouvert encore, fermé, ouvert jamais.

J'ai eu si peur, sans même compter, j'ai vécu tous ces jours les yeux fermés, pas ça, pas ça, s'il vous plait. 

J'ai eu si peur, je l'ai porté, ce nuage de sales idées, je l'ai porté, poussé, tiré, roulé dans le chaos des mois, janvier, février,  et j'ai vécu la tête levée.

J'ai eu si peur, j'ai fait comme si, chanté, marché, j'ai fait comme si, rien n'est passé, masque sourire, j'ai avancé, pas ça, pas ça, s'il vous plait.

J'ai eu si peur, j'ai pas pensé, à peine, à peine, la nuit personne ne sait, vagues de rien sur l'oreiller.

 J'ai eu si peur, et toutes ces majuscules, des initiales barbares mal agencées, tous ces chiffres perdus sur le papier, 6, et 12, H, et pourcentages, et comparés.

J'ai eu si peur, ma vie en pointillés, que faire, que faire, si ça devient vrai ?

J'ai eu si peur, j'ai presque prié, pas ça, pas ça, s'il vous plait, toutes ces rimes en R, papillons de travers, qu'est ce que je vais en faire, qu'en faire, cancer, j'ai manqué d'air.

 

Et puis, plus rien, et soudain, deux pages et trois lignes, et j'ai respiré, respiré soudain, tellement, tellement, tellement, plus rien, plus rien, c'est dehors printemps et je vais bien.

 

 

29.3.11 20:50


Nous y sommes (par Fred Vargas )


 
"Nous y voilà, nous y sommes.

Depuis cinquante ans que cette tourmente menace dans les hauts-fourneaux de l'incurie de l'humanité, nous y sommes.
Dans le mur, au bord du gouffre, comme seul l'homme sait le faire avec brio, qui ne perçoit la réalité que lorsqu'elle lui fait mal.
Telle notre bonne vieille cigale à qui nous prêtons nos qualités d'insouciance, nous avons chanté, dansé. Quand je dis « nous », entendons un quart de l'humanité tandis que le reste était à la peine. Nous avons construit la vie meilleure, nous avons jeté nos pesticides àl'eau, nos fumées dans l'air, nous avons conduit trois voitures, nous avons vidé les mines, nous avons mangé des fraises du bout monde, nous avons voyagé en tous sens, nous avons éclairé les nuits, nous avons chaussé des tennis qui clignotent quand on marche, nous avons grossi, nous avons mouillé le désert, acidifié la pluie, créé des clones, franchement on peut dire qu'on s'est bien amusés.
On a réussi des trucs carrément épatants, très difficiles, comme faire fondre la banquise, glisser des bestioles génétiquement modifiées sous la terre, déplacer le Gulf Stream, détruire un tiers des espèces vivantes, faire péter l'atome, enfoncer des déchets radioactifs dans le sol, ni vu ni connu. Franchement on s'est marrés.
Franchement on a bien profité.
Et on aimerait bien continuer, tant il va de soi qu'il est plus rigolo de sauter dans un avion avec des tennis lumineuses que de biner des pommes de terre.
Certes.
Mais nous y sommes.
A la Troisième Révolution.
Qui a ceci de très différent des deux premières ( la Révolution néolithique et la Révolution industrielle, pour mémoire) qu'on ne l'a pas choisie.
« On est obligés de la faire, la Troisième Révolution ? » demanderont quelques esprits réticents et chagrins.
Oui.
On n'a pas le choix, elle a déjà commencé, elle ne nous a pas demandé notre avis. C'est la mère Nature qui l'a décidé, après nous avoir aimablement laissés jouer avec elle depuis des décennies. La mère Nature, épuisée, souillée, exsangue, nous ferme les robinets. De pétrole, de gaz, d'uranium, d'air, d'eau. Son ultimatum est clair et sans pitié : Sauvez-moi, ou crevez avec moi (à l'exception des fourmis et des araignées qui nous survivront, car très résistantes, et d'ailleurs peu portées sur la danse).
Sauvez-moi ou crevez avec moi
 
Évidemment, dit comme ça, on comprend qu'on n'a pas le choix, on s'exécute illico et, même, si on a le temps, on s'excuse, affolés et honteux. D'aucuns, un brin rêveurs, tentent d'obtenir un délai, de s'amuser encore avec la croissance.
Peine perdue.
Il y a du boulot, plus que l'humanité n'en eut jamais.
Nettoyer le ciel, laver l'eau, décrasser la terre, abandonner sa voiture, figer le nucléaire, ramasser les ours blancs, éteindre en partant, veiller à la paix, contenir l'avidité, trouver des fraises à côté de chez soi, ne pas sortir la nuit pour les cueillir toutes, en laisser au voisin, relancer la marine à voile, laisser le charbon là où il est, – attention, ne nous laissons pas tenter, laissons ce charbon tranquille 
récupérer le crottin, pisser dans les champs (pour le phosphore, on n'en a plus, on a tout pris dans les mines, on s'est quand même bien marrés).
S'efforcer.
Réfléchir, même.
Et, sans vouloir offenser avec un terme tombé en désuétude, être solidaire.
Avec le voisin, avec l'Europe, avec le monde.
Colossal programme que celui de la Troisième Révolution.
Pas d'échappatoire, allons-y.
Encore qu'il faut noter que récupérer du crottin, et tous ceux qui l'ont fait le savent, est une activité foncièrement satisfaisante. Qui n'empêche en rien de danser le soir venu, ce n'est pas incompatible.
A condition que la paix soit là, à condition que nous contenions le retour de la barbarie –une autre des grandes spécialités de l'homme, sa plus aboutie peut-être.
A ce prix, nous réussirons la Troisième révolution.
A ce prix nous danserons, autrement sans doute, mais nous danserons encore."

 
Fred Vargas
Archéologue et écrivain


29.3.11 10:25


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